Attentat, crise économique, catastrophe naturelle ou attaque de martiens… qui sait ce qui peut arriver? Dans le doute les “Preppers” s’organisent pour faire face à toutes les menaces qui planent sur les Etats-Unis et pourraient mettre leur existence en péril.
Ces dernières années, un mouvement a vu le jour, les « preppers » (« préparés » en français). Ils stockent des vivres et des produits de première nécessité, apprennent à filtrer l’eau, à se protéger, s’informent de tout ce qui se passe autour d’eux et surtout se regroupent sur internet pour se donner les derniers conseils de survie en milieu hostile.
Tom Martin est un peu l’inventeur du concept. D’aussi loin qu’il se souvienne, ce routier de l’Ohio de 32 ans a toujours fait face à l’imprévu. Quelques conserves dé côté, un paquet de piles, des cours de secourisme, de quoi chasser et préparer sa viande. Suspectant qu’il ne devait pas être le seul et devant l’absence de toute information sur le sujet sur internet, il lance en 2008 son propre site, l’American Preppers Network.
Son but : se différencier des survivalistes des années 70, « qui voient la fin du monde partout et veulent se couper du reste de la société en vivant dans la forêt ».
Pour Tom, être prepper, c’est avoir du bon sens, un point c’est tout. « Une personne qui entend à la météo qu’il risque de pleuvoir et qui met un parapluie dans son sac est un prepper. Peut être ne pleuvra-t-il pas mais si c’est le cas, il sera prêt. »
Résultat, le site de Tom compte aujourd’hui plus de 15 000 membres actifs, qui échangent chaque jour des conseils, de la simple réalisation de bocaux à la construction d’une radio amateur ou d’un générateur électrique.
Contrairement aux survivalistes des montagnes et autres villages reculés, le Prepper ne vit pas toujours à la campagne.
Tahnee, 36 ans, agent d’assurance à New York, tente depuis quelques mois d’organiser le mouvement dans la Grosse Pomme.
« Tout a commencé avec l’ouragan Katrina en 2005. Voir tous ces gens désemparés à la télé m’a ouvert les yeux. Je vis dans la ville du monde la plus menacée par le terrorisme. Si quelque chose doit arriver, il y a de fortes chances que ce soit ici. J’ai d’abord remboursé tous mes crédits, commencer à stocker un peu de nourriture, pris des cours de self-défense et je m’informe chaque jours de la situation de mon pays et dans le monde. Je ne veux pas être prise au dépourvu », explique dans un grand sourire cette toute petite jeune femme.
Derek aussi habite New York. Il a fait la connaissance de Tahnee sur un forum Prepper sur internet. Il partage sa vision d’une Amérique « très fragile », colosse aux pieds d’argile, empire sur le déclin comme l’annoncent à coups d’éditoriaux les analystes géopolitiques de tous poils. « J’ai donc monté un groupe avec des amis pour nous entrainer à une vie plus spartiate. On organise des weekends en forêt : camping, orientation, premiers secours, tir à la carabine, radio amateur… Une préparation basique au cas où… Comme aux échecs, il faut toujours avoir un coup d’avance. »
Comment expliquer l’ampleur pris par ce mouvement ? Si certains avancent l’imminence des théories de fin du monde (le 21/12/2012 serait considéré comme la fin d’un cycle dans le calendrier Maya), la plupart des sociologues qui se sont penchés sur la question estiment que la télévision, qui retransmet en direct les images des catastrophes du 11 Septembre, puis de l’ouragan Katrina, du tremblement de terre en Haïti ou de la marée noire à la Nouvelle-Orléans, serait bien plus responsable de ces inquiétudes.
Chuck est un ancien militaire. Il vit désormais dans la banlieue de Washington avec sa femme et ses deux enfants et travaille comme chef de vente dans le domaine de la Défense et du renseignement. C’est dire s’il en connaît un rayon en matière de sécurité.
En 2003, alors que sa femme était enceinte, un ouragan a coupé l’électricité chez lui pendant 3 jours, rendant très inconfortable la situation de la future maman. Lorsque tout rentra dans l’ordre, Chuck avait fait son choix : construire son propre générateur d’énergie.
« Je ne suis pas parano, explique-t-il très calmement. J’ai une vie normale, je sors, je vais dans les lieux publics, je travaille, mais j’ai appris à mes enfants à l’autosuffisance, ne pas dépendre des autres. Ca me donne une confiance que je n’avais pas avant. »
